Par Dimitri Seraki Le
Manga

Sunny est un manga de Taiyou Matsumoto publié entre décembre 2010 et septembre 2014, dans le magazine Monthly Big Comic Spirits et édité en France aux éditions Kana dans leur collection Big Kana.

Le manga suit la vie d’orphelins et d’enfants abandonnés au foyer d’accueil Hoshi no Ko, les enfants des étoiles, dans le Japon des années 70.

Taiyou Matsumoto est un auteur reconnu pour plusieurs de ses œuvres et particulièrement Tekkon Kinkreet (publié aux éditions Delcourt sous le nom d’Amer Béton en France) et Ping Pong (également aux éditions Delcourt.)

Il est connu pour sa sensibilité et la manière dont il représente les drames de la vie, en plus de son trait très personnel et reconnaissable, inspiré par l’auteur de BD Moebius.

Sunny suit le quotidien d’enfants rejetés et marginalisés dont la vie est probablement déjà tracée. Malgré les malheurs auxquels ils font face cela n’empêche pas ces enfants de vivre et de rêver. Le titre Sunny fait référence au modèle de voiture Nissan produit dans les années 70 dont une épave se trouve au foyer. C’est dans celle-ci que les jeunes du foyer se réfugient, en y allant fumer leurs clopes, s’imaginer de grandes aventures, ou y cacher leurs magazines cochons.

Avec Sunny, Taiyou Matsumoto nous livre une oeuvre très personnelle. Ces enfants abandonnés et orphelins font partie de son enfance. Le turbulent Haruo, rêvant devenir joueur de baseball, c’est lui. Par le biais de pleins de petits détails, Taiyou Matsumoto met en place une ambiance unique et contemplative qui nous fait voyager dans ce Japon de la fin des années 70.

Au fil des chapitres, on apprend à connaître les enfants du foyer, leurs passions, leurs manies mais aussi leurs soucis et leurs craintes. Malgré les situations de chacun, orphelins, enfants abandonnés ou fuyant un parent abusif, on ne cherche pas à nous faire prendre les personnages en pitié, mais leur faire exprimer leurs sentiments. Grâce à une mise en scène maîtrisée et ingénieuse, l’œuvre réussit à nous toucher même lors de scènes banales. La légèreté de l’œuvre malgré la dureté du contexte est surprenante mais apaisante. Lire Sunny, c’est lire un poème qui transcende les mots par le dessin.

Sunny est une oeuvre faite d’oppositions, en commençant par cette voiture réduite à l’état d’épave qui – malgré son immobilisme total – est le seul moyen qu’ont les enfants pour s’échapper de leur quotidien. Ce rapport avec le monde des rêves est très marqué : entre Haruo qui s’échappe en s’imaginant moult aventures et Sei qui, lui, rêve simplement de retrouver sa ville natale et ses parents. Il est également intéressant d’y observer la place des adultes dans l’œuvre. Très peu de place leur est accordée dans l’œuvre, et ils sont constamment en confrontation avec les enfants. Déjà, les jeunes remettent constamment en question l’autorité des adultes et sont constamment en conflit. On y oppose également la constante activité des enfants à la passivité des adultes. Les enfants qui rêvent constamment, ne restent jamais en place, réfléchissent constamment et qui envient ces adultes présentés comme oisifs et libres. Ils sont « chanceux de ne pas avoir aller à l’école » d’après Junsuke, et sont extrêmement passifs, au tel point qu’on ne se demande si le directeur n’est pas mort. Il y a, à la fois, un rejet des adultes et de leur autorité qui fait que les enfants ne veulent pas grandir mais ils représentent également un idéal à atteindre pour trouver la paix et l’épanouissement comme le montre Haruo qui conteste le plus les adultes mais se voit constamment comme tel lors de ses rêves dans la Sunny. Ces pensées et sentiments paradoxaux se retrouvent constamment dans l’œuvre et en font toute sa beauté et son charme.

La finesse du dessin

Cette beauté est aussi apportée par les visuels. Taiyou Matsumoto est capable de parfaitement retranscrire les émotions des personnages dans leurs visages, tout en les mettant en valeur par la mise en scène, qui va capter chaque détail. En ce qui concerne celle-ci, on retrouve encore ce jeu d’oppositions avec des enchaînements de gros plans et de plans larges, nous rapprochant à la fois des personnages et de leur environnement. Il y a aussi beaucoup de cases, pendant des dialogues, où entre deux plans sur les personnages, on passe par une case montrant un lieu de la pièce, un élément du décor, donnant un côté très contemplatif à l’oeuvre. Sunny est une oeuvre qui transmet énormément par son dessin, plus que par ses mots, elle dégage une ambiance à la fois riche en émotions et reposante.

Avec Sunny, Taiyou Matsumoto nous prouve une nouvelle fois à quel point il maîtrise son art. Auteur incontournable, je ne peux que vous recommander de vous jeter bras ouverts dans cette oeuvre.

Si vous avez aimé Sunny, je ne peux que vous recommander les autres œuvres de Taiyou Matsumoto, en particulier Ping Pong, en manga mais aussi sous sa version de série animée, ou les œuvres de l’auteur Minetaro Mochizuki.

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Anime Otaku ayant consacré beaucoup de son temps afin de se spécialiser dans l'animation japonaise de 1917 à nos jours. Ses séries préférées sont Neon Genesis Evangelion, Giant Robo the Animation: Chikyuu ga Seishi Suru Hi et Concrete Revolutio.
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