Levius posant en majesté
Par Akiko Le
Manga

Déclinaison

  • Manga ( 3 tomes au Japon, 5 en France, cycle achevé.
    Un second cycle – Levius est – est en cours. 5 tomes parus au Japon, 7 en France)
  • Anime (12 épisodes, 1 saison achevée)

Crédits

  • Genre : seinen
  • Auteur / dessin : Haruhisa Nakata
  • Edition : Manga ( Shōgakukan au Japon, depuis 2013 / Kana en France depuis 2015, dans la collection Big Kana)
  • La série, scénarisée par Hiroshi Seko, est disponible sur Netflix.

Ayant eu l’opportunité de visionner la série, puis de compulser le manga, je vous présenterai les spécificités de chacune des versions.

Levius à l'entrainement
Levius, à l’entrainement avec son oncle. Derrière, les seconds couteaux… (dessin tiré de l’anime)


Mise en bouche

« Au XIXe siècle de la nouvelle ère, après une guerre dévastatrice qui a tué son père et plongé sa mère dans le coma, le jeune Levius Cromwell vit avec son oncle Zack. Dans la capitale, un nouvel art martial fait fureur : la boxe mécanique. Des lutteurs équipés de membres mécaniques s’affrontent violemment dans une arène. Levius va y révéler d’étonnantes prédispositions !
S’annonce alors un combat au sommet qui pourrait bien avoir des répercussions sur l’avenir de la civilisation… »


Le Ring

Levius est donc un jeune homme rudement frappé par le destin et qui, au lieu de se laisser malmener l’existence, décide en quelque sorte de se malmener lui-même. Car oui, il a décidé de se lancer dans la boxe ! Et cette boxe est – dans l’univers steampunk de l’auteur – elle aussi en pleine révolution industrielle. Elle se mécanise, tel un reflet sombre d’une société en pleine mutation… Du coup, ses pratiquants en paient le prix fort. Ils ont tous des prothèses (donc amputations préalables, mine de rien). Par conséquent, les combats sont d’une violence extrême, pour une gloire souvent bien éphémère… Aussi Levius va-t-il chercher, lui aussi, à livrer combat à l’aide de son bras mécanique, mû par la vapeur.

Mais il ne fait pas ça que pour la gloire. Non, esprit shonen oblige ! Seule la boxe mécanique parvient à l’arracher à ses souvenirs de la guerre et lui permet de se sentir pleinement vivant. Voire à ressentir la présence de sa mère à ses côtés… Elle qui est depuis longtemps endormie. Durant son ascension vers le sommet de sa discipline, Levius va rencontrer, affronter et parfois se lier à d’autres combattants.
Sur fond d’intrigue politico-industrielle. Car oui, la guerre qui a bouleversé sa vie a son importance dans l’évolution de son destin.

Stratus, un adversaire qu'on ne met pas facilement en boîte
Stratus, un adversaire qu’on ne met pas facilement en boîte


Échauffement

Petit détail qui a son importance : l’anime et le manga ne traitent pas de la même manière l’aspect technologique, pourtant indispensable à un monde steampunk. Le manga est peu loquace sur ce point. Même s’il illustre bien que le monde de Levius est extrêmement avancé, pour une sorte de XIXème siècle alternatif. Steam-méchas, corps modifiés à outrance, prouesses médicales à l’avenant, boucliers et explosions de vapeur…

C’est là où les auteurs de l’anime se sont montrés plus soucieux de l’aspect industriel de leur œuvre. La vapeur nécessaire pour mouvoir les articulations de métal et les muscles en membranes synthétiques (superbement représentés) y est générée par une étrange réaction entre une ressource capitale de l’univers – l’eau d’Agartha – avec le sang des porteurs de prothèses. (C’est d’ailleurs le contrôle de cette ressource qui a provoqué la dernière guerre.) De ce fait, les combattants disposent sur le ring d’une quantité identique et définie de carburant. Ce qui limite les décharges de coups violents durant les matchs. Laisse encore une place à la technique sportive. C’est un peu capillotracté mais c’est surprenant et ça illustre bien le niveau technologique du monde. Ça lui donne un cadre, en fait. La série insiste souvent sur l’aspect matériel des combats, d’ailleurs. Et c’est une part essentielle de l’esprit steampunk qui s’en trouve assurée.

Les deux œuvres dépeignent un sombre univers d’après-guerre. Les excès permis par la technologie vident progressivement les rapports sociaux de leur morale. La boxe mécanique devient l’expression civile du jusqu’au-boutisme industriel développé durant le dernier conflit. La gloire valant tous les sacrifices.

L'affiche de la série anime
L’affiche de la série animée, produite et diffusée sur Netflix


Round 1 : l’anime

J’ai découvert les aventures de Levius Cromwell par l’anime. C’était véritablement mon point de repaire dans l’univers et j’ai tout de suite apprécié. La qualité de l’animation 3D y est bonne. Or, c’est la manière dont ce procédé valorisait les séquences de combat qui m’a accroché le plus.
En effet, la lisibilité des affrontements est engageante. Elle rend hommage au noble art qu’est la boxe anglaise. Qui reste somme toute assez crédible (sauf si vous pratiquez vous-même, évidemment). Et heureusement, puisque, si les épisodes sont courts, les combats y prennent une part importante.

Ensuite, si les décors et les personnages sont beaux et élégants, ils sont tout de même un peu lisses. Voire caricaturaux. Sans parler de leur comportement ! Was passiert ?! Le héros renfermé, torturé et infaillible ? Check ! Son parent proche, bourru mais généreux et confiant à l’extrême ? Check ! Le side-kick intello, froid et méthodique mais résolu ? Aussi ! Bon, et bien mettez-moi avec tout ça une side-kick féminine tsundere qui crie souvent mais possède un bon fond ! Ok, merci. Elle aura le droit de partager le même air que le héros, alors… (Je reprends mon souffle.) Avouez que vous avez connu plus de hype ailleurs.

Le découpage de la série est original et assez bien amené dans le crescendo. Les backgrounds des protagonistes sont bien travaillés et détaillés de manière fluide le long du récit. La musique sert bien le propos. Le doublage en VO est classique mais suffisant.


Round 2 : le manga

La couverture du 2ème tome de la VF
La couverture du 2ème tome de la VF. Changement de style flagrant, pour le manga.

Je l’avais découvert en premier, en fait, mais son style graphique ne m’avait d’abord pas séduit. J’avais feuilleté, puis reposé et oublié vite fait : des lignes fines et élégantes mais des dessins parfois comme inachevés. A la façon de croquis. Des décors souvent inexistants, des phases de combat difficiles à décrypter… bref, s’en dégageait une impression de travail bâclé. Impression renforcée par un certain manque de réalisme dans les détails des mécanismes. En opposition aux traits des visages, souvent d’un réalisme séduisant.

Or, c’est lors d’une lecture minutieuse qu’on apprend à savourer la qualité narrative de ce trait si particulier. Haruhisa Nakata sait souligner par des contrastes forts les temps marquants de son récit. Il joue même parfois sur la netteté des diverses zones des images pour mettre en exergue tel ou tel détail. A la manière d’un photographe, quoi. Ça change du style manga classique où tout est parfaitement tracé, également net. On voit le savoir-faire de l’auteur en matière de prise de vue, en conception d’un story-board. C’est donc une franche réussite.

Le character design, d’ailleurs, est superbe. Les visages très expressifs. Les personnages ont du caractère. L’évolution finale d’Hugo Stratus, par exemple, est une nette réussite.

Ensuite, ça n’enlève pas le côté brouillon car peut-être trop généreux de l’auteur. Spécialement sur la partie technique (des prothèses sur-boostées en dépit du bon sens) et une lecture des affrontements difficiles. La tentation d’en faire beaucoup dans le spectaculaire des combats. Heureusement, ils sont brefs. Et en même temps, hélas, pour une histoire dédiée à un boxeur.

Des tuyaux partout.
Des tuyaux partout !!!

Cette générosité se révèle aussi au travers de la conception des personnages. Comme de la tension que l’auteur veut insuffler à sa narration.

Pour les personnages, prenons Mr Clown Puting, un ennemi de Levius, par exemple. Il en fait beaucoup pour mettre à bout le héros, ou lui faire comprendre qu’il constitue une menace. Parfois à en être ridicule (quand vous verrez son armée personnelle sortir de son manoir, vous comprendrez sans doute). Bill, l’ingénieur et compagnon de Levius, quant à lui, est forcément l’un des meilleurs, forcément désintéressé, dévoué… On réalise en fait que c’est peu développé et assez exagéré.

Côté tension, les questionnements moraux des protagonistes sont parfois poussés à l’extrême. En plein combat homérique, tout le monde se demande ce que peut faire Levius face à plus fort que lui. Et ça en discute… ça lui hurle des conseils, des questions (dans l’arène, en plein combat…). Alors que Levius cherche juste à gagner et se prouver qu’il est le meilleur. On ne pratique pas une boxe mortelle sans avoir une haute estime de soi.

Levius au combat
Levius au combat… que la meilleure déclinaison gagne !


Arbitrage

Au premier chef, j’ai trouvé des qualités complémentaires dans la série et le manga.
Déjà, l’originalité du trait de l’auteur passe à la trappe dans l’anime. C’est aussi le cas pour le côté baroque de l’œuvre (exit les grosses machineries à pistons et tuyères à vapeur). Bon, ça arrive souvent, mais pourtant, le trait du manga était – à mon goût – vraiment approprié à l’univers.

Ensuite, les combats m’apparaissent trop « proprets », comme les dessins, dans l’anime. Déjà, on quitte le kick boxing hautement létal du manga (où les bras mécaniques traversent les poitrines nues comme du beurre et maculent les rings de sang). C’est désormais de la boxe anglaise. D’accord, elle est sinon plus belle techniquement, surtout plus lisible par le profane. Ça reste un peu académique, ça manque de sang, quoi ?! Volonté d’élargir le public potentiel de l’œuvre ? Ou est-ce dans un souci de crédibilité ? Je vous laisse en juger.

Car il est vrai que le manga, lui, monte rapidement en « puissance ». Avec des explications techniques assez fantaisistes… il est de fait bien moins équilibré que l’anime (adieu l’effet Elfinston, pourrai-je dire ! ). Anime qui a le chic d’étayer par de petits détails un ensemble, un univers cohérent, au moins. C’est à regretter de ne pas avoir pu lier les qualités des deux supports… Le manga, à sa décharge, est court. Ceci explique sans doute cela.

Au cœur du steampunk


Étirements

Pour résumer mon avis, je dirai que Levius est une œuvre intéressante. Déjà parce que les mangas dans des univers steampunk ne sont pas légion. Ensuite qu’elle possède un style graphique fort (sur papier). Enfin qu’elle a été élégamment mise en valeur dans son animation (pour l’anime), avec un développement de l’univers intelligent.

Je regrette pourtant certains raccourcis dans l’œuvre, quel que soit le support (personnages caricaturaux, leurs motivations). J’ai hâte de me jeter sur la suite, Levius est, pour apprécier l’évolution des personnages et encore découvrir l’univers.

Vous appréciez ce genre d’œuvre, alors vous aimerez peut-être :

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Bescherelle addict. Comprend et lis le Ryu Shijou couramment...
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