La grande vague de Kanagawa
Par Ryouketsu Le
Culture et traditions

L’estampe, par définition, est le résultat de l’impression d’une gravure. Cette gravure peut à la fois être faite sur le bois, le métal ou d’autres matériaux moins communs. Cependant, l’estampe japonaise n’est imprimée qu’à partir de planche de bois.

exemple d'estampe japonaise
Exemple d’estampe Japonaise

Cependant, une estampe n’est jamais créée par une seule personne. Il faut obligatoirement un artiste, un artisan graveur, un imprimeur et enfin un éditeur, pour qu’une estampe puisse exister. Cependant, l’éditeur n’est pas forcément connu. Il ne le devient généralement que lorsque le dessinateur est lui-même réputé.

Le mouvement artistique de l’estampe a débuté lors de la période Edo (1603-1868) au Japon. Il cohabitait avec la peinture traditionnelle, représentant des thèmes comme la poésie, l’héroïsme et la religion, qui étaient très appréciés de l’aristocratie de l’époque. Là, les estampes (art des feuilles volantes) était plus appréciées par la bourgeoisie commerçante, car elles étaient jugées comme vulgaires du fait de ses premières représentations.

Au début, les estampes représentaient la vie quotidienne dans le quartier des plaisirs de la ville d’Edo (actuellement Tokyo) : portrait de geisha, de courtisanes ou de comédiens, chez les artistes Utamaro et Sharaku, par exemple.

Utamaro : Fleurs d'Edo
Utamaro : Fleurs d’Edo

Par la suite, elles s’attacheront aux paysages, grâce notamment à Hokusai et Hiroshige.

Hokusai: Le Pêcheur de Kajikazawa
Hokusai: Le Pêcheur de Kajikazawa

Ukiyo-e (浮世絵)” ou ” image du monde flottant  est le nom que prend l’estampe pendant cette période. On considère en général que l’âge d’or de l’estampe Ukiyo-e est la période comprise entre 1760 et 1810. (lien en cours de construction)

Au cours des siècles, l’estampe connut plusieurs styles différents :

               _ L’estampe Meiji, de 1868 à 1912 (article en construction) ;

              _ Le style Shin Hanga, de 1910 à 1960 (article en construction).

Procédé de création d’une estampe

Les épreuves d’estampes sont produites de la manière suivante :

  1. L’artiste réalise un dessin-maître à l’encre, le shita-e ;
  2. L’artisan graveur colle ce dessin contre une planche de bois (cerisier ou catalpa), puis évide à l’aide de gouges (marunomi) les zones où le papier est blanc, créant ainsi le dessin en relief sur la planche, mais détruisant l’œuvre originale au cours de ce processus ;
    La planche ainsi gravée (« planche de trait ») est encrée et imprimée de manière à produire des copies quasiment parfaites du dessin original. Ces épreuves sont à leur tour collées à de nouvelles planches de bois et les zones du dessin à colorer d’une couleur particulière sont laissées en relief. Chacune des planches imprimera au moins une couleur dans l’image finale. Ce sont les « planches de couleurs » ;
  3. Le jeu de planches de bois résultant est encré dans les différentes couleurs et appliqué successivement sur le papier. Le parfait ajustement de chaque planche par rapport au reste de l’image est obtenu par des marques de calage appelées kento. L’encrage est obtenu en frottant le papier contre la planche encrée à l’aide d’un tampon (baren) en corde de bambou.
Étapes de création d'une estampe
Étapes de création d’une estampe

L’impression finale porte les motifs de chacune des planches, certaines pouvant être appliquées plus d’une fois afin d’obtenir la profondeur de teinte souhaitée.

Contexte historique, économique et sociétal

Les estampes apparaissent donc durant l’ère Edo (1615-1868). Lors de cette période, le pays s’est refermé sur lui-même. Il était interdit aux Japonais d’en sortir et aux étrangers d’y rentrer. En fait, cet isolement va permettre aux Japonais de redécouvrir leur pays. Nombre d’entre eux vont alors voyager à travers celui-ci. Par la même occasion, les pèlerinages vont aller en augmentant. C’est particulièrement le cas pour le célèbre pèlerinage de Shikoku (avec 88 temples). Tout cela va concourir à favoriser l’apparition d’artistes, qui en profiteront pour capturer les différents paysages du Japon.

C’est ce que l’on retrouve dans le travail de Hokusai, notamment, mais aussi dans les estampes d’autres artiste tel que Hiroshige, contemporain et rival de Hokusai. Malgré l’isolement du Japon, il subsistait du commerce avec deux pays étrangers : la Chine et les Pays-Bas. Les Chinois étaient répartis dans un quartier d’Edo, tandis que les Hollandais étaient confinés à l’île artificielle de Dejima, dans la baie de Nagasaki. Ils avaient alors la stricte interdiction de poser un pied sur le sol du Japon. Mais ces deux pays pouvaient tout de même commercer avec le Japon et, à la faveur de leurs échanges, les japonais purent étudier les livres qu’ils avaient rapporté, comme le Rangaku, des Hollandais. De ce fait, la grande vague de Kanagawa put être peinte en “bleu de Prusse”. Cette couleur doit être considérée comme le premier pigment synthétique moderne, inventé par le marchand de couleurs suisse, Johann Jacob Diesbach (entre 1704 et 1707).

Tous ces échanges ont aussi permis de faire voyager l’art japonais jusqu’aux pays occidentaux, créant un vif intérêt pour l’art de l’estampe (nombreuses inspirations dans les tableaux, dont ceux de Van Gogh, porcelaine d’Imari, …). Le développement du commerce avec ces pays étrangers devra beaucoup à la réorganisation sociale et économique du pays. En effet, à partir de l’époque Edo, les populations se réuniront de plus en plus autour des villes, augmentant drastiquement leur taille. (Ex : Edo, qui n’est, en 1457, qu’un petit village de pêcheurs, devient une des plus grandes métropoles du monde avec une population estimée à 1 000 000 d’habitants en 1721).

Un essor commercial

Ce regroupement de la population va permettre un nouvel essor commercial et artistique du Japon. La création de quartiers au sein de la ville va structurer commerces et communautés. Ainsi, on voit naître des quartiers dédiés à la prostitution qui, au cœur de la période, vont être relégués à l’écart des centre-villes. Ces regroupements de population vont faciliter le développement des estampes dans le milieu urbain. Comme dit précédemment, le processus de la création des estampes permet la création et la diffusion de masse de celles-ci. Les estampes vont donc circuler en ombre dans les grandes villes, et surtout à Edo. Ceci va permettre aux classes populaires d’avoir accès à l’art.

Comparé aux tableaux ou aux sculptures, l’estampe est un bien de consommation courant, qui s’échange rapidement et facilement. Qui plus est, elle reflète très bien l’image du Japon de cette époque. Et il ne faut pas non plus oublier que les estampes vont servir d’ “images pornographiques”. Ces images seront appelées Shunga (image de printemps), d’ailleurs. Elles seront tellement populaires que Hokusai lui-même en produira. Toutefois, les Shunga ne seront pas réservées à une petite élite libertine, mais seront appréciées par des hommes et des femmes de toutes classes.
Les estampes, en raison de leur faible prix, s’échangeront beaucoup. Ce qui nous rapproche de notre époque où les images sont omniprésentes. La popularité des estampes est telle qu’aujourd’hui, elles éclipsent un peu les autres types d’art japonais (porcelaine, kakemono, poterie, …).

L’estampe de nos jours

De nos jours, nous pouvons encore voir des estampes japonaises. Cependant, souvent de manières détournée. Par exemple « La grande vague de Kanagawa » de Hokusai qui ressemble à ceci :

La grande vague de Kanagawa
Hokusai: La grande vague Kanagawa

Cette estampe fut détournée dans bien des domaines que ce soit :

Détournement pour le logo de la marque quiksilver
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 Détournement pour une publicité de la marque Orangina
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Ou même pour Gundam
Ou même pour Gundam

Source: Artmemo.fr

24 ans, Rédacteur Japon et couteau suisse du site. Grand fan la culture et de l'histoire du Japon.
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