Leçon japonais Ryou 1
Par Ryouketsu Le
Apprendre le japonais

Avant d’apprendre une langue, je trouve qu’apprendre les origines de celle-ci est primordial. De ce fait voici une introduction à la langue japonaise.

Caractéristique de la langue

Une langue utilisé dans le monde

Le japonais est la 13ème langue en nombre de locuteurs, couramment enseignée dans les pays d’Asie orientale et d’Océanie : 2ème langue vivante la plus enseignée après l’anglais, la 1ère en Australie. Le Japon est 2ème partenaire commercial de la France en Asie et 1er investisseur asiatique en France.

Le japonais : Une langue multiple

Le dialecte japonais utilisé dans tout le pays est celui des médias (journaux, TV, etc.) et de Tōkyō : le hyōjungo.

Il existe cependant beaucoup de dialectes différents. Selon les régions: Kansai-ben, Tōhoku-ben. Des langues de populations assimilées : langue des Ainu ou la langue d’Okinawa (ryūkyū-en).

Ces langues, y compris le hyōjungo, sont avant tout orales et diffèrent de la langue écrite.

Les origines du lexique

Le lexique a des origines multiples et continue d’absorber du vocabulaire étranger :

– Il est formé de mots datant du japonais d’avant l’importation de l’écriture, le yamato kotoba

– De mots venus de Chine, lors de l’arrivée de l’écriture ou des échanges qui ont suivi. La lecture des caractères chinois (kanji) reflète cette double origine : la plupart ont à la fois une (ou plusieurs) lecture japonaise, lecture kun, et une (ou plusieurs) lectures sino-japonaises, lecture on.

– Des mots d’origine occidentales, arrivés au XVIème siècle (カステラ、タバコ) ou à partir du XIXème siècle (シャツ、スリッパ)

– Des mots inventés à partir du XIXème siècle pour transcrire des concepts appartenant à la philosophie occidentale ou aux avancées de la médecine – Des mots créés par raccourcissement des mots plus longs ou de mots composés (バイト =アルバイト)

l’écrit

Les mots peuvent être écrits de plusieurs manières. En kanji, les caractères chinois ; en kana qui permettent de transcrire des syllabes (hiragana et katakana) ; les systèmes de transcriptions en caractères latins, romaji, les scientifiques utilisant le plus souvent le système Hepburn modifié.

Le japonais écrit n’a pas de majuscule. Le japonais moderne utilise une ponctuation composée d’un petit rond pour marquer la fin de la phrase, le maru (point), et d’un trait oblique pour marquer les respirations dans la phrase, le ten (virgule). Des crochets simples ou doubles peuvent servir à marquer les débuts et fins de citations comme nos guillemets, ou à encadrer les titres de livres, d’articles, etc. Des tirets longs sont utilisés pour marquer le changement de personne dans les dialogues ou à marquer des incises dans les discours.

あそこは学校ですか。 asoko wa gakkou desu ka.

―はい、そうです。 hai, sou desu.

Le style de discours

Un locuteur à deux possibilités pour s’exprimer selon la situation : le style poli ou le style neutre. Le style poli est essentiellement utilisé à l’oral lorsque le locuteur n’est pas familier de la personne à qui il s’adresse. A l’écrit, il est surtout utilisé dans des discours oralisés comme des lettres ou emails. Le style neutre est utilisable à l’oral avec des proches : amis, famille. C’est le style le plus utilisé à l’écrit quand le texte ne s’adresse pas à une personne en particulier (article de journal, article scientifique). Dans la première partie de ce cours, nous utiliserons avant tout le style poli.

Le marqueur des styles est dans le suffixe du verbe qui marque la fin de la phrase, et des suffixent qui marquent la fin de certaines propositions.

(わたしは)がくせいです。 (watashi wa) gakusei desu.

(わたしは)がくせいだ。 (watashi wa) gakusei da.

Histoire de l’écriture

Connaitre et comprendre l’histoire d’une langue et donc les origines de son écriture peut aider à les maîtriser. C’est d’autant plus le cas pour l’écriture japonaise qui est, nous le verrons un type d’écriture mélangeant plusieurs types de caractères et de prononciations

a) Les débuts

Il n’existe que 7 foyers d’écritures dans le monde. Dans l’ordre d’apparition :

  • La Mésopotamie (actuelle Irak – v. 3600 av. J.-C.),
  • l’Égypte (v. 3200 av. J.-C.),
  • les plateaux de l’Iran (écritures élamites – v. 3200-2900 av. J.-C.),
  • la Crète (3 écritures : la plus ancienne = 1ère moitié du 2e millénaire av. J.-C.),
  • la Phénicie (Liban – v. 1100 av. J.-C.)2 ,
  • la Chine (écriture ossécaille 甲骨文 : du 15e s av. J.-C. au 10e siècle av. J.-C., puis écriture sigillaire 篆書体)
  • la Méso-Amérique (v.1200 av. J.-C.) -> Le Japon n’en fait pas partie.
      1) Quelques bornes

Du 4e siècle av. J.-C. au 4e -5e siècle après J.-C., le Japon en tant que tel n’existe pas. L’archipel est partagé entre deux cultures : une culture de chasseurs-cueilleurs au Nord (culture Jōmon) et une culture d’agriculteurs, qui va peu à peu maîtriser la métallurgie et qui est en contact constant avec la péninsule coréenne au Sud.

Au IVe siècle, des rois, peut-être de la région du Nord de Kyūshū envoient des ambassadeurs en Chine. Ces contacts sont enregistrés dans les chroniques chinoises, c’est l’entrée du futur Japon dans l’Histoire. L’Histoire des Han Postérieurs 後漢書, compilée au 5e siècle, raconte que l’empereur Han Guang Wudi (漢 光武帝) a offert en 52 un sceau sur lequel est écrit « au prince du pays Na des Wa (qui appartient) aux Han » 「漢委奴国王. Or ce sceau a été retrouvé en 1784 : c’est le plus ancien artefact japonais connu portant une écriture.

Au 5e -6e siècle, d’autres objets (miroirs, épées) venus de Chine ou de Corée ont été retrouvés portant des écritures en chinois. C’est la période où une dynastie située dans une région centrale du Japon, le Yamato, commence à unifier le centre et l’Ouest de l’archipel. Pour l’administration, ces souverains utilisaient au début du 5e siècle, des scribes venus de Corée avec quelques ouvrages confucéens, puis au cours du siècle, les nobles ont à leur tour appris à manier l’écriture. Mais cette écriture était le chinois. On parlait en yamato-kotoba, mais on écrivait en chinois.

Cette tendance ne fera que s’accentuer jusqu’au 8ème siècle, au fur et à mesure que le système chinois prend de l’importance. Le 6e siècle voit l’arrivée du bouddhisme venu de Corée, et avec lui ses textes. Enfin, de la fin du 6e au 7e siècle, des codes de lois, des généalogies de souverains, des récits historiques ou encore poèmes sont rédigés. Ils n’ont pas directement survécu mais ont été repris dans ce qui reste les écrits les plus anciens du Japon : Les ensembles de mythes et généalogies que sont le Kojiki (古事記 Chronique des faits anciens, 712), rédigé dans un japonais archaïque, et le Nihon-shoki (日本書紀 Chroniques du Japon, 720), en chinois : le Man.yōshū (万葉集 Recueil des dix-mille feuilles, v. 760), un recueil de poèmes.

      2) L’ÉCRITURE chinoise
              2.1) Histoire

En Chine, les premiers caractères utilisés remontent au 2ème millénaire av. JC et étaient gravés sur des objets de bronze. Puis, des caractères datant du milieu du 1er millénaire ont été retrouvés sur des omoplates d’animaux ou des carapaces de tortues et servaient à la divination. Leur composition graphique était déjà bien définie mais les formes restaient variables, et il existe de nombreuses variantes pour un même caractère selon les lieux, les personnes et les époques.

évolution des caractères chinois
Évolution du caractères chinois du cheval en fonction du temps

Les caractères sont progressivement fixés : vers -800, un scribe invente une écriture plus simple, le grand sigillaire 大篆体, pour que chaque scribe utilise la même écriture. Vers -213, un ministre du Premier empereur (Qin Shi Huang 秦始皇 = 始皇帝) publie une liste de 3300 caractères officiels avec une nouvelle graphie, le petit sigillaire 小篆体. Après cette réforme, un autre style est inventé qui tient compte de l’usage du pinceau : les traits sont plus épais et les retours en arrières difficiles. Les caractères sont alors angulaires (style des scribes). D’autres styles seront encore inventés mais les fondamentaux pour écrire les caractères chinois sont là.

               2.2) description

Les caractères chinois sont appelés kanji en japonais (litt. « caractère des Han »). En principe, à l’origine chaque caractère représente une idée, un concept. Par exemple : 二 山 川 木 月 日 人 口

Certains d’entre eux sont des pictogrammes, des dessins stylisés de l’objet lui-même : 馬 川 木 山 (dans l’ordre: le cheval, la rivière, l’arbre et la montagne).

Certains caractères simples sont utilisés pour en composer d’autres : 木 > 林 > 森 ; 貝 (coquillage utilisé autrefois comme monnaie) > 買, acheter, 貸 prêter, etc. ; 日+月=明.

Mais la majeure partie des kanji ne sont ni des idéogrammes ni des pictogrammes car ils comportent en eux une partie qui en donne une prononciation, un son. On les appelle parfois des « phonogrammes » ou « phonologogrammes ».

D’une manière générale, les caractères sont souvent composés d’un élément à valeur phonétique (prononciation) et d’un élément sémantique (sens). Connaitre la clef donne donc une indication sur le sens d’un caractère inconnu.

Clef : 艸艹艹 = l’herbe

+ 化 (ka) : 花 + 早 (sō) : 草 + 心 (shin) : 芯

Connaitre l’élément phonétique est un indice de sa prononciation.

Prononciation : dō 同 : + clef du métal : 銅 = cuivre + clef de l’eau : 洞 = grotte, caverne + clef de la viande : 胴 = tronc, torse

Mais pour certains, on ne peut pas deviner le sens (藩 (fief)・録 (archive)).

A) L’appropriation par les Japonais

     1) L’adoption des kanji
            1.1) L’usage des kanji et des mots chinois

Les Japonais ont utilisé les kanji pour :

  • Écrire en chinois, allant jusqu’à inventer un système pour lire le chinois à la japonaise, le kanbun, car la syntaxe des deux langues est très différente.
  • Utiliser des mots écrits en chinois, dans une prononciation « à la chinoise » mais adaptée au système phonétique japonais. C’est la lecture on, généralement notée en katakana dans les dictionnaires japonais. Ces mots se repèrent facilement car la plupart sont composés de deux caractères : 山 (yama) 山脈 火山
  • Un caractère peut avoir plusieurs lectures on qui ont été importées à des époques ou de régions différentes de la Chine : 人 : jin, nin ; pinyin : rén
            1.2) Écrire le japonais en kanji

Mais les Japonais ont aussi pensé à utiliser les kanji pour écrire leur propre langue et son vocabulaire. La lecture « à la japonaise » est appelée lecture kun et s’écrit habituellement en hiragana. Cette lecture est généralement utilisée pour des caractères isolés ou lorsqu’ils font partie d’un mot composé.

Ex. 山 川 月 木 下 目

Les caractères qui ont un sens large peuvent être utilisés pour écrire plusieurs mots. Par exemple : 生 (セイ/ショウ) = ikiru (vivre), ikasu (faire vivre) ; umu (enfanter), umareru (naître) ; o.u (pousser), haeru (pousser/croître), hayasu (faire pousser) ; nama (cru) ; ki (pur).

Mais certains caractères correspondent à des mots qui n’existaient pas alors au Japon (ex. : 本) => pas de lecture kun.

À l’inverse, les Japonais ont inventé des kanji pour leurs besoins :

亻+動=働 / 山+上+下=峠

Enfin, certains mots japonais sont écrits avec deux caractères chinois parce qu’ils étaient notés ainsi en chinois : 今 日 、 昨 日 . Certains peuvent avoir plusieurs lectures : 明 日 (ashita/asu ; myōnichi)

      2) L’invention des kana
            2.1) Origines et évolutions

Le japonais fonctionnant différemment du chinois, les kanji ne suffisent pas pour l’écrire correctement. En effet, il y a des problèmes : les éléments grammaticaux propres au japonais (particules, suffixes verbaux, etc.) et les noms propres.

Les Japonais ont alors utilisé des kanji pour leur seule valeur phonétique pour contourner ces obstacles. Ainsi, les textes les plus anciens mélangent des kanji utilisés comme ils le seraient actuellement, c’est-à-dire pour leur sens (mana, 真名) et d’autres utilisés pour leur prononciation (kana, 仮名). L’exemple le plus connu est le Man.yōshū dont les 4500 poèmes en japonais sont rédigés uniquement en kanji, utilisés dans ces deux usages. Les caractères qui y sont utilisés pour leur son, sont appelés les man.yō-gana : les « kana du Man.yōshū ».

Par exemple, pour écrire le son A, on pouvait utiliser 阿、安、英、足 ; pour le I : 伊 、怡、 以、 異、 已 、移 、射、 五 ; pour le E : 衣、依、 愛 、榎

Problème : comment savoir si un caractère doit être lu pour sa valeur phonétique ou pour son sens ? C’est donc un système très complexe, tellement que quelques années après sa rédaction, les gens de l’époque s’assemblaient déjà en groupes d’études pour essayer de lire le Man.yōshū.

Les Japonais vont donc pousser plus loin ce système de caractères pris pour leur valeur phonétique. À partir du IXe siècle, ils vont écrire ces caractères sous une forme simplifiée. À la cour impériale, ces caractères vont être simplifiés selon leur écriture cursive, ce sont les hiragana (平仮名 : « écriture non-officielle, simple ») : 安>あ 以>い 宇>う 世>せ 奴>ぬ.

Dans le même temps, les moines bouddhistes qui copient des sutras en chinois mais doivent en noter la lecture sur le côté développent un autre style dans lequel ils prennent une partie du caractère pour former les katakana (片仮名, « kana [constitué] d’une partie [de kanji] »). Par exemple : 安>ア 伊>イ 宇>ウ 世>セ 奴>ヌ.

Finalement, au début de l’époque médiévale (XIIe siècle), le chinois (kanbun) est utilisé pour les textes liés à l’administration et au bouddhisme ; le japonais est rédigé à l’aide d’un mélange de kanji et de caractères pris pour leur prononciation (dérivés des man.yō-gana) mais écrits en cursive (hiragana) ; et dans les monastères, on utilise les katakana.

            2.2) Écrire le japonais contemporain

Aujourd’hui, le chinois n’est plus utilisé comme une langue écrite. Il reste enseigné sous la forme de kanbun comme le latin ou le grec le sont (ou l’ont été) chez-nous.

Les réformes ont fixé à 1945 le nombre de kanji officiellement reconnus et utilisés. Ils le sont dans l’administration, les journaux, etc. Ils ont été simplifiés à la fin de la guerre, mais pas de la même manière que dans d’autres pays. Il s’y ajoute une cinquantaine d’autres caractères qui sont acceptés pour les noms de familles et noms personnels. Un élève de lycée doit en connaitre environ 1500, ce qui est le nombre jugé suffisant pour vivre sans problème, lire le journal, les documents officiels ou des romans.

Les kana ont également connu une évolution vers plus de simplification : en 1900, il est choisi un seul caractère pour chaque syllabe, et après la guerre, deux syllabes qui sont tombées en désuétudes disparaissent des tableaux de caractères.

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24 ans, Rédacteur Japon et couteau suisse du site. Grand fan la culture et de l'histoire du Japon.
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