Les conseils de SandRock : Le Pays des Cerisiers

« La science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais). L’Histoire a souvent inspiré les romanciers, les auteurs de bande dessinés et les mangakas. Dans le Pays des Cerisiers, c’est une page assez sombre du Japon moderne qui y est évoquée. Ce one-shot a été créé en 2004 par Fumiyo Kono. L’oeuvre a été éditée en France, par Kana, en 2006.

Le Pays des Cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana

Hiroshima, 1947.
Comment vivre normalement, comme une jeune fille, en ayant été témoin de tant d’horreur ? C’est sur cette interrogation que l’on ouvre “le Pays des Cerisiers”, récit poignant et lyrique sur la nécessité de se reconstruire et de s’apercevoir que la vie vaut quand même la peine d’être vécue…

Mangaka

Fumiyo Kôno © 2017 manga-news.com

Née le 28 septembre 1968 à Hiroshima, elle grandit dans un cadre peu propice au développement de son intérêt pour le manga. Ses parents ne voyaient guère la bande dessinée d’un bon œil et en interdisent toute trace chez eux. Après des études interrompues en sciences, elle partit pour Tokyo afin de travailler comme assistante d’un ami mangaka parallèlement à son travail de fleuriste. La roue tourna pour elle en 1995, lorsqu’un responsable éditorial de Futabasha lui offre l’opportunité de dessiner Machikado Hana da yori, son premier manga, ayant pour sujet le commerce des fleurs qu’elle connaît si bien.

Machikado Hana da Yori © Kôno Fumiyo / Futabasha

Depuis lors, elle enchaîna les œuvres dont certaines sont arrivées tardivement en France comme Koko, éditée chez Glénat en 2010, Une longue route parue chez Kana, en 2011 tout comme Pour Sampei, en 2009 et Dans un recoin de mondeen 2013.

Côté récompenses, en 2004, elle remporta le Grand Prix du Japan Media Arts Festival, catégorie manga, pour le Pays des Cerisiers. Il s’agit de la plus haute récompense du festival pour la catégorie manga. L’année suivante, cette même oeuvre lui permet de remporter le « Creative Award » du Prix Culturel Osamu Tezuka, récompense attribuée la plupart du temps à des œuvres offrant une nouvelle approche d’événements ayant marqué l’Histoire. Puis, en 2009, pour Dans un recoin de ce monde, le Japan Media Arts Festival la récompense une nouvelle fois avec, cette fois-ci, le Prix d’Excellence catégorie manga, un prix qu’elle gagne notamment en compagnie des Enfants de la Mer de Daisuke Igarashi. Cette année-là, le Grand Prix est attribué à Vinland Saga.

Avis

Passons au microscope cet oeuvre

Les points positifs

  • Le scénario est émouvant et poignant. La mangaka a su traiter un sujet très sensible voire presque tabou au Japon avec brio. En nous faisant suivre la même famille sur trois époques différentes en montrant leur amour pour leur ville et la tragédie de l ‘ « Éclair blanc » tout cela en à peine 100 pages.
Le pays des cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana
Le pays des cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana
Le pays des cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana
  • Les illustrations sont à la fois très simples et très belles, servant à mettre en valeur le quotidien d’une survivante et de sa descendance sans jamais tomber dans l’excès de la surenchère et ou dans un excès moralisateur qui auront sûrement plomber cette oeuvre. Certains passages m’ont beaucoup marqués car ils m’ont fait penser à certaines scènes marquantes de films d’animation comme Gen d’Hiroshima de Mamoru Shinzaki.
Le pays des cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana
Le pays des cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana

Le pays des cerisiers © Kôno Fumiyo / Futabasha – Edition Kana

Verdict

Le Pays des Cerisiers est à posséder ABSOLUMENT dans sa mangathèque surtout si vous voulez découvrir le quotidien de survivants de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki. Surtout que ce genre de sujet semble être assez sensible, comme tous les sujets relatifs au Japon moderne du XXème siècle. C’est à croire que les Autorités, voire le peuple japonais, ont « honte » d’évoquer ces événements. Ça se ressent dans les productions japanime, mangas et films d’animation actuelles plus tourner vers la positive attitude. Certains, notamment des « otakus » français, diront que c’est du passé et compte tenu du contexte de l’époque ne voyant que les côtés glamours de ce pays. Quand je lis cela, je suis fortement déçu par un tel aveuglement.

Tout pays a des squelettes dans le placard, notre pays tout comme le Japon mais certains, comme le Japon, refusent encore d’accepter et de vivre avec ces parts d’ombre de leur Passé. Un exemple de cela est le dernier film en date de Miyazaki : Le Vent se lève qui a suscité pas mal de polémiques au Japon. C’est agréable de lire des mangakas ou de voir des réalisateurs qui osent aborder des faits autres que la société moderne japonaise ou une période historique post-Japon-moderne quitte à s’attirer les foudres de certaines parties de la population porter plus sur des productions très conventionnels et mainstreams porté sur un « monde de bisounours »comme ceux de Makoto Shinkai, Mamoru Hosoda, voire des films à licence comme Sword Art Online.

Pour finir, c’est le premier manga que je lis de Kôno Fumiyo et j’en suis sorti ensorcelé. Ce titre est plus qu’un simple manga, c’est comme un devoir de mémoire envers les survivants encore vivants de cet printemps tragique de mai 1945 qu’on pourrait qualifier de « Guernica du Pacifique ». La jeune génération de mangakas, de réalisateurs et des lecteurs de manga japonais devraient continuer ce passage de flambeau pour que les faits historiques ne restent pas sur de simples pages sur les manuels d’Histoire ou occulter par les Autorités de ce pays où disparaissent avec les survivants de ces événements. Ceci est aussi valable pour nous, autres Français, car j’ai l’impression que ce devoir sacré qu’est le Devoir de Mémoire risque de disparaître. J’ai vraiment hâte de vous faire découvrir d’autres œuvres de cette mangaka.

Bonne lecture !

[Sources : Ici et Ici]

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